Aaden Ker 43 555

Veilleur expérimenté et ex-commando des Hammerheads

Description:

Musique

Origine : Keryss, Hégémonie
Âge : 25 ans
Classe sociale : Bas-fonds
Éducation : Autodidacte

Boulots : Soldat (3 ans), Soldat d’élite (4 ans), Veilleur (3 ans)

Avantages : Nerfs d’acier, Titre, Ambidextre, Peau Renforcée II, Résistance à la douleur

Désavantages : Secret, Cicatrice, Halucinations, Sens diminué : ouïe

Attributs

Force Constitution Adaptabilité Coordination Perception Présence Intelligence Volonté
16 13 13 19 16 8 10 8
+3 +2 +2 +4 +3 0 +1 0

Valeurs dérivées

Réaction : 17 (dont +2 d’avantage)
Seuil d’étourdissement : 12
Souffle : 11
Modificateur de dommages au corps à corps : +3
Résistance aux dommages : -8 (dont -6 de mutation)

Compétences

Compétence Score Bonus d’attributs Total
Compétences physiques
Athlétisme 5 +7 12
Escalade 5 +7 12
Observation 5 +3 8
Endurance 5 +2 7
Compétences de combat
Pistolets 10 +7 17
Combat à mains nues 7 +7 14
Combat armé 7 +7 14
Armes d’épaule (Fusils) 5 +7 12
Arts martiaux (Offensif) 5 +6 11
Tactique (Opérations Commando) 7 +3 10
Compétences d’infiltration
Mouvement silencieux 7 +5 12
Discrétion 7 +5 12
Camouflage 6 +5 11
Pickpocket -2 +6 4
Compétences de connaissance
Hégémonie 10 +2 12
Culture générale 4 +2 6
Armées 4 +2 6
Bureaucratie 3 +2 5
Équinoxe 3 +2 5
Langues
Hégémonien (Langue natale)
Néo-azuréen 9 +2 11
Langue des signes 7 +2 9

Avantages professionnels :
Cabine personnelle : 6
Equipement : 34
Connexions : 20
Gloire : 8 (score total)

Fortune initiale : 4700 sols (hors points d’Equipement)

Aléas de la vie :

  • Au cours de sa carrière de soldat, Aaden s’est lié d’amitié avec deux compagnons d’armes qui, plus tard, viendraient à former leur compagnie de mercenaire
  • Au cours de sa carrière de commando, Aaden a été remarqué par ses supérieurs pour sa combativité, ce qui lui a valu une prime appréciable
  • Au cours de cette même carrière, Aaden a participé à une bataille d’envergure
  • Au cours de sa carrière de veilleur, Aaden a pris part à la répression d’une mutinerie à Equinoxe, ce qui lui a valu l’attention de ses supérieurs
  • Au cours de sa carrière de PJ à venir, Aaden tâchera de ne pas démoraliser les autres personnages par son excellence généralisée et manifestement reconnue par le passé

Extraits du rapport d’évaluation à l’issu du service obligatoire d’Aaden

Le soldat première classe d’origine hégémonienne Aaden Ker 43 555 a formulé le souhait de demeurer au sein des Veilleurs à l’issue du service obligatoire qui a été le sien durant trois ans. Initialement intégré au corps armé des Veilleurs, puis au corps de protection des personnalités importantes d’Équinoxe, le bilan d’Aaden Ker 43 555 a été globalement positif.

[…] Le caractère mutant et l’anxiété en milieu social élevé n’ont pas facilité son acceptation par certaines personnalités, et ce parfois en dépit de bilans de mission honorables. Aaden Ker 43 555 est par ailleurs un soldat discret et concis en toutes circonstances, ce qui a également retenu l’attention de certaines personnalités proches des Veilleurs.

[…] Sur le plan strictement martial, Aaden Ker 43 555 s’est révélé être un agent particulièrement capable, loyal et courageux, n’hésitant pas à mettre sa vie en danger au service de sa mission. Ses prouesses en combat régulier le placent parmi les individus les plus redoutables d’Équinoxe, en particulier dans des contextes d’escarmouches. Ce rapport conclut qu’Aaden Ker 43 555 a la capacité d’être un atout important à cet égard.

[…] Aaden Ker 43 555 témoigne d’un respect absolu de la chaine de commandement et son esprit est fortement teinté par les us et coutumes du monde militaire auquel il appartient depuis onze ans. Aaden Ker 43 555 est respecté par les soldats ainsi que par une partie des populations mutantes en raison des actions de son père. Chef d’escouade capable, ce rapport ne recommande toutefois pas qu’Aaden Ker 43 555 soit assigné à la tête d’un groupe d’une autre nature, en raison notamment de son caractère manipulable et de sa forme de pensée particulièrement spécialisée.

[…] Aaden Ker 43 555 présente un potentiel significatif pour une intégration au sein des services de renseignements des Veilleurs, ce pour quoi ce rapport donne un avis globalement favorable. Ce rapport apporte toutefois à l’attention de son lecteur que le recrutement d’Aaden Ker 43 555 suppose toutefois un suivi psychologique régulier, en raison à la fois des troubles mentaux dont l’individu témoigne mais également en raison du risque de manipulation ou de subversion par une faction, en particulier hégémonienne, ou un individu tiers. L’inclusion au sein d’une équipe comportant au moins un individu au charisme et à l’intelligence sociale développée est recommandée afin d’emporter l’adhésion du Veilleur.

Bio:

>> Aaden

Aaden est le fils de Cassius Ker 03 705 d’un noble hégémonien connu du public non pas pour sa qualité nobiliaire mais pour son combat parlementaire pour la reconnaissance de droits égalitaires aux mutants et aux non-mutants. S’il va sans dire que cette situation est loin d’être atteinte, il est globalement admis que Cassius est à l’origine de plusieurs projets de lois, de décrets et d’amendements en faveur de la cause mutante. Loin d’être l’idéal philanthrope que beaucoup imaginent, Cassius est avant tout un individu pragmatique dont la conviction profonde est qu’à l’heure qui est la sienne, l’humanité n’a plus aujourd’hui ni le temps ni la capacité de se diviser encore davantage si une quelconque survie de l’espèce doit advenir. Cette logique, toute hégémonienne, est trouve naturellement ses fondements dans une philosophie malgré tout résolument humaniste, et c’est ce côté que beaucoup choisissent de retenir.

Toujours est-il que Cassius étant l’un des grands hommes de la nation, il est réservé à sa progéniture un certain nombre de privilèges consentis par la société en reconnaissance des actes accomplis. Le premier de ceux-ci tient au placement du jeune Aaden dans l’un des nombreux centres d’éducation pour les enfants des élites hégémoniennes. Ceci permet, notamment, à Aaden d’appartenir à une fratrie, au sens hégémonien, de prestige composée de quatre garçons et de trois filles, tous fils et filles d’individus méritants.

Malheureusement pour Aaden, il n’hérite ni de l’éloquence, ni de la perspicacité de son père et, au grand regret de ses formateurs, il est dans ce domaine commun tout au mieux malgré les innombrables efforts réalisés pour stimuler sa créativité, son intelligence et ses capacités de déduction en général. La déception est immense pour le centre d’éducation, qui a des comptes à rendre aux autorités soucieuses de maintenir l’ordre social grâce à ce genre d’établissements, mais également pour Aaden qui doit faire face, très jeune, à la brillance de camarades voués à devenir les élites de demain. Le jeune garçon internalise ce que personne ne dit à voix haute : il n’est pas à la hauteur, il est bête. Comme beaucoup d’enfants faisant face à une détresse psychologique de cet ordre, Aaden devient violent et se met dans des situations qui le mettent en conformité avec les attentes, ou leur absence, de ses camarades et ses formateurs. Il ne parvient pas à sortir de ce rôle pendant sa scolarité et ne doit son éducation qu’à ceux de sa fratrie qui le prirent pour pitié ou qui parvinrent à comprendre, dans leurs esprits d’enfants, qu’Aaden souffrait de ne pouvoir vivre à la hauteur des espoirs que l’on eut placé en son existence. Aaden maudit son père pour les attentes irréalistes qu’il lui valait, sa mère pour les gènes de crétin dont il a hérité, et lui-même pour en vouloir à deux individus qui ignorent peut-être tout de son existence.

Avec une ironie remarquable, Aaden se révèle quasiment unique en ce qu’il fait partie des très rares enfants à quitter le centre Engelus pour finir à la rue. C’est que malgré leurs meilleurs efforts, et aux prix de rapports démontrant ces efforts, rien ne semble pouvoir être fait pour le colérique Aaden qui refuse d’apprendre quoi que ce soit. Son nom marque désormais les rapports du centre comme l’un des rares échecs enregistrés. Ils sont alors loin les rêves du garçon d’intégrer l’école des officiers de la marine.

Les années qui suivent sont celles d’une errance auprès d’individus ou de factions qui ont une utilité pour les enfants sortant de leur période d’éducation initiale. Comme on s’en doute à ce stade, une bonne partie des activités d’Aaden de l’époque est illicite, illégale ou carrément criminelle, mais lui le sait rarement. Mais toutes ne le sont pas, heureusement, et Aaden s’endurcit énormément à cette époque de sa vie, s’adaptant pour survivre et comprenant que dans cette jungle de métal, on n’est que chasseur ou proie. D’un corps de garçon, Aaden transitionne à celui d’un jeune homme très robuste pour son âge. Les situations désagréables dans lesquelles il se traine lui apprennent à manier couteau, poing et pistolet très tôt. Battu quand c’est lui qui ne vainc pas, le jeune homme fait sienne la douleur des combats et à ses quinze ans, il est déjà un adversaire redoutable pour qui n’est pas lui-même de fibre guerrière. Ce que l’on ne peut que remarquer à cette époque également, c’est combien Aaden a réussi à manœuvrer des années durant entre différents groupes d’intérêt sans jamais en intégrer durablement aucun. C’est, sans doute, cette capacité, ou chance, de n’avoir aucune attache susceptible de le retenir malgré lui qui permet à Aaden de quitter Keryss sans laisser derrière lui de rancœur ou de dette et de trouver ce qui se révèle être sa vocation : l’armée.

Il faut dire que cette vocation lui tombe dessus après qu’il tombe un jeune voleur, un peu plus âgé que lui, qui tentait de lui soustraire le fruit d’une dur journée de labeur dans les docks. A cette époque, l’armée recrute assez massivement à la suite d’une série de mesures stratégiques expansionnistes nécessitant un important dispositif humain pour être menée à bien : ce qui est peu dire quand on parle de la toute puissante armée hégémonienne. Pour gorger d’hommes les navires que l’on construisait dans les arsenaux hégémoniens, l’armée a recours à des recruteurs chargés de sillonner les stations à la recherche de jeunes recrues susceptibles de répondre à l’appel de la guerre. L’un de ces recruteurs, observant malgré lui la bastonnade qu’Aaden colle à son adversaire, et mirant son jeune âge comme l’un des critères importants de recrutement, approche le jeune homme une fois que le voleur a déguerpi. Doué de bonnes paroles sur la cause de l’armée, sur les fondements de la société qu’elle se promet de défendre, et d’étendre aux autres, le recruteur ne manque pas non plus d’indiquer combien la présence de jeunes hommes comme Aaden est capitale à la survie des valeurs sociétales hégémoniennes. Il ne faut pas plus que quelques heures pour que le jeune homme soit emballé : on lui propose un travail et une place respectée dans la société, ce qui lui a toujours fait défaut et qui l’a toujours peiné. Ce n’est certes pas un poste d’amiral, ni d’officier, comme l’auraient voulu Engelus et Cassius surement, mais c’est ce qu’il lui faut à ce moment de sa vie pour avoir un avenir qui le satisfasse. Il accepte, signe et abandonne ses possessions de l’époque qui aussi précieuses qu’elles soient pour lui feraient rire même le plus pauvre des voleurs.

L’armée est une libération pour Aaden. Il se reconnaît pleinement dans la chaine de commandement, dans la discipline et dans les valeurs qui sont celles de l’armée hégémonienne. Il y fait la connaissance de nombre d’autres jeunes âmes en quête de gloire, de reconversion ou d’un sens à leur existence. Aaden excelle enfin. A la fin de la période d’entraînement préliminaire, environ une année après qu’il ait quitté la vie civile, le jeune soldat est affecté, et c’est un très grand honneur, à l’Atlantis, le navire amiral de la flotte hégémonienne. Une année durant, il sillonne les océans à bord du colosse de métal, s’entraînant avec les fantassins les plus prometteurs qui, comme lui, formeront les troupes d’assaut, les troupes spéciales ou de défenses des actifs critiques de la marine hégémonienne. Après cette deuxième année d’entraînement, ponctuée de combats réels, Aaden est assigné à la frégate d’interception Critias connue notamment pour abriter les Hammerheads, un commando d’assaut redouté et source de toutes sortes de rumeurs tout aussi fausses que sordides mais qui participent à une réputation de troupe redoutable.

Membre des troupes du rang hégémonienne, Aaden est fasciné par les Hammerheads comme la plupart de ses camarades. Il faut dire que les membres du commando sont particulièrement impressionnant. De l’acier humain, à tout coutume de dire, tant ils semblent impossibles à perturber, incapable de la moindre once de peur. Leurs effectifs varient entre dix et vingt au gré des recrutements et des pertes, heureusement peu nombreuses en dehors des missions très risquées. Aaden participe à une dizaine de combats cette année, contre des pirates ou des navires d’autres nations, à une vingtaine d’exercices de diverses ampleurs. Approchant ses dix-huit ans, et fort de trois ans d’un service jugé comme remarquable tant du point de vue de l’éthique militaire que des performances, on l’informe de sa mutation au sein des Hammerheads. Aaden est honoré. Pour celui qui ne reconnaît que le rang, c’est un bien piètre honneur, mais pour celui qui reconnaît le type d’homme qu’il faut être pour appartenir à une telle troupe, c’est une toute autre affaire.

Aaden passe quatre années au sein des Hammerheads. Il s’y intègre bien, vouant un culte à la performance guerrière, à la précision des actions individuelles, à la vitesse et à l’efficacité des actions de groupe. Aaden est fier, son sentiment d’appartenance n’atteindra jamais un tel niveau par la suite. Mais cette fierté est ébranlée par un orage annoncé par l’assaut macabre du navire civil Seraphim en eaux extraterritoriales au cours duquel Aaden et les siens feignent un assaut pirate sanguinaire en vue d’une intervention hégémonienne dans la région. Les pertes civiles sont limitées, mais Aaden est durablement marqué par l’évènement, comme une partie du commando. La qualité des opérations suivantes diminue légèrement, mais assez pour être remarquée par les officiers en charge, et plusieurs Hammerheads perdent la vie au cours d’un assaut mal coordonné. Au cours de sa dernière offensive, le visage d’Aaden est gravé d’une brûlure traversant de haut en bas sa joue droite. Les ennuis ne s’arrêtent pas là.

Les dysfonctionnements des Hammerheads et plus généralement à bord du Critias sont remarqués par l’état-major qui ordonne une enquête discrète en vue d’en établir les causes. Cette enquête, menée par des agents de la section disciplinaire de l’état-major, met en lumière l’existence généralisée de cercles de jeux entre officiers et, parfois, soldats du rang. Faisant écho à d’autres découvertes identiques récentes au sein d’autres navires de la flotte, l’état-major frappe un grand coup en procédant à de nombreuses arrestations, en destituant des hauts-gradés et en réorganisant certains services. Aaden fait partie des prévenus, comme l’ensemble de la vieille garde des Hammerheads. Son capitaine, et certains camarades, écopent de peines de prison, tout comme de nombreux autres officiers du Critias mais également d’autres navires. Désireux de restaurer l’ordre, et au nom du doute sur la possibilité que les innocents aient pu savoir, sans révéler, l’existence de ces cercles de jeu, l’état-major décide de sanctions disciplinaires variables pour une partie des troupes. Les accusés Hammerheads innocentés, trop proches d’un officier condamné, sont assignés à des missions en surface, laissant le commando exsangue.

Aaden est assigné à l’une des missions les plus risquées consistant à escorter une mission du régiment des ingé-comms jusqu’à un site antique dans les Appalaches, en plein territoire contaminé et radioactif. L’opération se révèle être l’épreuve la plus dure qu’ai connu Aaden, tant physiquement que moralement. La surface reste aujourd’hui une source de cauchemar en raison des menaces, naturelles mais pas que, qui y rodent. Si l’antenne est réparée par les ingé-comms, l’escouade est persuadée, dès sa réparation, d’être chassée par ce qu’ils ne parviennent qu’à décrire comme un « bruit électromagnétique ». Plusieurs soldats disparaissent ou deviennent fou, et un évènement malheureux dont Aaden parle peu le font entrer en contact avec l’environnement contaminé. L’ancien commando parvient à faire rentrer un ingénieur et un autre soldat à peu près en vie malgré les démangeaisons qui lui collent à la peau. Il est le seul des trois Hammerheads affectés à revenir, et ils ne sont que trois sur la douzaine de membres d’escouade qu’ils étaient au début de l’aventure en surface.

Les semaines qui suivent son retour, au cours de la quarantaine médicale qu’on lui impose, il s’avère que le génome d’Aaden a muté après la mise au contact de l’environnement extérieur. Sa peau devient particulièrement résistante et rêche, moins sensible qu’auparavant au toucher : Aaden est appartient désormais à la classe sociale des mutants que son père s’est tant évertué à défendre. Mais c’est alors le cadet de ses soucis : cette expérience dehors l’a changé et il ignore comment reprendre sa vie au sein d’un commando dont la moitié des membres a été remplacé et dont il connait peu l’autre moitié. Aaden n’a pas la chance de vivre le sujet de son angoisse puisqu’il reçoit bien assez tôt la visite d’un membre de la section des affectations lui indiquant qu’il a été choisi pour intégrer les Veilleurs à Equinoxe. Aaden accepte volontiers son sort, ébranlé par les derniers mois de sa vie au sein de l’armée hégémonienne.

A Equinoxe, Aaden continue de révéler son talent martial et son sens aigu de la discipline. Son attitude est appréciée, même s’il s’avère qu’il ne convient pas à toutes les situations et que son talent est mieux exploité lorsqu’il est intégré à une équipe pluridisciplinaire. Durant ses trois années de service, Aaden participe à la plupart des missions habituelles des Veilleurs : il est chargé de la protection de biens, de personnes, de navires mais également à la bonne mise en vigueur des décisions de l’O.E.S.M., n’en déplaise à une station ou à une autre. Les rapports internes portant sur Aaden mettent tous en avant son attention particulière aux intérêts de l’organisation des Veilleurs, un trait qui plait beaucoup à la hiérarchie. Un trait par ailleurs très favorable à l’affectation qu’on lui prépare depuis plusieurs semaines…

La Peur au Fusil

Tiens, voilà un moment que je ne t’avais pas vu. C’est ta mère qui t’a dit de venir me chercher ? Pourquoi fais-tu cette tête, tu as peur de moi ?

Moi aussi j’ai la trouille parfois, souvent même, mais avoir la trouille c’est vivre vraiment. C’est aller au bout et se demander si on ne va pas franchir la ligne. Certains disent que la peur est la sagesse confrontée au danger. Moi je crois que c’est la récompense de l’audace. Plus on s’efforce de vivre, d’essayer, et plus on a les viscères noués par la trouille de tout perdre. Le truc, c’est de rien lui lâcher à la trouille, c’est de serrer les abdos et les dents et de l’affronter en face comme un homme. Et là tu l’as, la vraie force.

Tu vois ce tatouage ? C’est l’emblème des Hammerheads, une unité commando de l’Hégémonie : la meilleure, si tu veux mon avis. Je l’ai fait le jour où ils m’ont recruté, et ça là, cette cicatrice que j’ai en travers de la gueule, quelques jours avant de partir. À cette époque crois moi que la trouille, je couchais avec tous les soirs et qu’elle ne me quittait que pour rendre visite à nos adversaires au moment de l’abordage. Je savais dans quoi je m’étais engagé. Notre mission était assez simple : prendre le contrôle de vaisseaux ennemis ou en désactiver un ou plusieurs systèmes en un temps moindre en faisant face à toute forme d’opposition qu’on rencontrait.

Laisse-moi te peindre le décor. Tu es à bord d’un vaisseau aussi rapide que petit, toi et ta dizaine de gueules cassées. Tu es assis dans le tournoiement rouge des lumières d’alertes, ton crâne vrombit de pensées presque plus que les moteurs. Tu es dix, ils sont dix fois plus en face, mais tu as la surprise. La surprise, la fureur et la vitesse, sans ces trois muses-là, t’es mort. Et c’est elles qui chantent dans ta tête durant l’approche.

Clong. Les tubes d’abordage se sont fixés à la cible et toi tu cours déjà. Moi j’étais devant, toujours, avec le désosseur de carlingue pour faire un trou aussi vite que possible. Fusion orange dans les ténèbres, tout ce que tu te demandes c’est s’il y en aura plus à droite ou à gauche. La coque est percée, la tête du requin-marteau est prête à entrer.

Le vaisseau est en alerte, tu vois rien à part les étincelles des fusils et des pointeurs, les ricochets sur les parois. Tu souffles un coup, t’espère que ça va pas trop piquer et tu entres dans la danse. Un coup d’œil, ils sont deux. Tu te balances là-dedans et tu tires. Balle dans le cœur, l’autre dans la tête. Tu le sais pas à ce moment-là mais t’as une côte pétée à cause d’une balle que ton armure a arrêté. Si tu réussis l’entrée, c’est déjà presque gagné. Après ça, tu les bouffe, on était trop entraînés et trop équipés pour que ça se passe autrement de toute façon.

J’en ai perdu des amis, vas pas croire l’inverse. Les équipages sont parfois tenaces, parfois chanceux, et puis l’orgueil du puissant c’est encore tout un autre sacré bordel. L’orgueil c’est le visage de l’authentique faiblesse. Si tu crois un instant que tu vas pouvoir te débrouiller tout seul, c’est que t’as rien compris aux Hammerheads, à l’armée, à l’Hégémonie et, franchement, au monde dans lequel on vit. On a besoin les uns des autres pour survivre.

Pourquoi t’es là, à fourrer ton couteau de combat dans la bedaine du malheureux en face de toi ? Pas par plaisir, mais parce qu’il le faut. C’est des gens bien plus intelligents que toi qui l’ont décidé, pas pour ton bien, pas pour le leur, mais pour celui de la communauté. T’es là parce que tu es fort et que tu es le seul assez fort pour exécuter la vision d’individus assez forts pour avoir l’audace d’un plan qui risque ta vie pour un bien plus grand, un bien qui te dépasse.

On aime trop souvent imaginer que les soldats sont soumis à leurs commandement, qu’ils n’ont aucun état d’âme. Les états d’âme, j’en ai tout le temps, mais être un soldat c’est dépasser sa condition, c’est abandonner son égo au profit de ce pour quoi on se bat. Je me bats pas pour moi, ça je peux le faire dans n’importe quel rade d’Equinoxe, je me bats pour une vision de l’avenir. Pour la survie de l’espèce, même. Enfin, à l’époque en tout cas. Ça à un coût, ce rôle d’engrenage dans une mécanique plus grande. C’est qu’en tant qu’humain on ne peut pas échapper à ses états d’âme pour l’éternité, seulement les plus forts tiennent plus longtemps.

Ne me dévisage pas comme ça. Quand on s’est connus j’avais pas cette cicatrice, non. Celle-là je l’ai ajoutée à ma collection pour fêter ma dernière mission et ma mise aux arrêts. Mais j’aime croire que tu n’y es pas tout à fait pour rien non plus.

C’était ma troisième fois à bord d’une capsule d’abordage. Tu sais pas ce que c’est ? C’est qu’on en utilise rarement parce que c’est hyper dangereux pour les types à l’intérieur. La différence avec les tubes d’abordage essentiellement c’est que ce coup-ci, toi et tes dix camarades on vous a installé à bord d’une grosse torpille – tu as bien entendu – qu’on balourde vers le vaisseau ennemi. Et dans ce cylindre noir et étroit plus rapide que le plus rapide des vaisseaux de guerre, tu sais que si tu loupes la cible, t’es bon pour vivre tes derniers instants là-dedans et vu la quantité d’oxygène qu’on t’a prévu, t’atteindras probablement pas le chapitre deux de tes mémoires. Puis ça c’est si on t’a pas explosé en route de toutes façons.

Toute cette vitesse s’arrête d’un coup quand tu pénètres la coque ennemie, et l’explosion de la tête de la capsule donne le départ de la partie fine qui s’annonce. T’es sonné mais faut y aller. Cette fois-là, y a eu un dysfonctionnement de la charge explosive et la tête de capsule a pétée comme un tromblon. J’entendais plus rien et y avait de la fumée partout, mais j’étais en première ligne. J’ai pris mon fusil à deux mains et mis mon courage dans le sac à dos et je me suis jeté vers la coursive. En vol, mon visage à rencontrer un bout de carlingue encore brûlant et on peut dire que le souvenir de cette bataille m’a marqué. On est tous rentrés en vie cette fois-là, les gars m’ont demandé si on pouvait remettre ça à chaque fois, vu que ça avait l’air de porter chance. Ces joyeux crétins.

Le Seraph c’était pas longtemps avant ça, j’imagine que tu es là pour qu’on parle de ça, mais je suis pas fier de cette mission-là. Les ordres étaient simples, la station frontalière et indépendante de Navras refusait de se soumettre à l’autorité légitime de l’Hégémonie sur ses eaux territoriales. Pour justifier une entrée en scène de la flotte Hégémonienne qui, à coup sûr, saurait convaincre Navras de rentrer dans le rang, le haut-commandement avait décidé qu’une attaque pirate sur un vaisseau de sa flotte marchande lui serait opportune. Les Hammerheads, à l’efficacité tant reconnue, ont été choisis pour mettre en scène cette attaque. Ne me demande pas mon avis sur la question, je n’en ai pas. S’il en a été décidé ainsi, c’est pour une bonne raison. Et puis, tu vois, Navras est désormais plus prospère que jamais sous la direction du Haut-Amiral.

J’ai détesté ce jour-là. C’est une chose de combattre un soldat qui t’attend l’épée à la main, c’en est une autre d’attaquer des civils. Et ça laisse-moi te le dire, personne n’était heureux de le faire. Certains ont eu des états d’âme, ce jour-là. Les autres comptaient sur moi pour mener la charge, alors j’ai fait mine de ne pas en avoir.

Clong. Les tubes d’abordage se sont fixés au Seraph. J’ai découpé la carlingue, jeté un coup d’œil. Personne. Si tu réussis l’entrée, c’est déjà presque gagné. On s’est séparés, fallait tout couvrir. C’est pas moi qui ai tiré le premier, mais je me souviens des supplications qui ont rebondi dans le corridor jusqu’à moi. J’ouvre une porte, un homme. Il a la gueule ouverte, il ne sait pas quoi faire. J’ai pas de temps à perdre, il en a plus à donner de toutes façons. Je lève mon arme en vitesse et lui perce la tête d’une balle. Je préfère abréger, la culpabilité ronge la barrière que je me suis créé depuis le petit déjeuner. Je ne sais pas comment font les assassins. Il n’a pas de raison de souffrir. Il tombe et je tire encore deux fois dans son crâne. Une aurait suffi, mais j’ai l’impression de lui offrir une mort plus rapide, et plus sûre, ainsi. Les passagers de la chambre suivante tentent de prendre la fuite dans le couloir. C’est plus facile de dos, moins d’émotions. Les deux s’effondrent quelques pas après. Trois balles chacun, c’est la règle de pitié que je m’impose aujourd’hui.

Je vais pas te faire le compte : y avait beaucoup de marchandise et, heureusement, peu de passagers. En ouvrant une porte près du pont, j’ai reçu des tirs de passagers barricadés. À vrai dire, je ne me sentais ni de m’exposer dans la seule ouverture de la pièce ni d’affronter un visage de plus. Une grenade a fait l’affaire. Je suis rentré pour délivrer à chacun une dose de pitié quand je t’ai vu. T’étais pas beaucoup plus haut que la moitié de ma cuisse. Tu devais avoir quoi, six ans ?

J’ai levé mon arme. Mais je pouvais pas. Maman, tu disais en pleurant, tu devais plus rien entendre avec l’explosion. J’ai pleuré aussi en voyant ce spectacle misérable, quelques larmes, pas beaucoup plus : pas le temps. J’ai soufflé, réfléchi à la moralité de mes actes, questionné ces gens qui sont beaucoup plus intelligents que moi. Je leur en ai voulu de me mettre face à une telle souffrance, même si j’étais fort. Même si c’était pour le bien de tous. Même si c’était pour une vision en laquelle je crois. Des pas lourds dans le corridor, un collègue se ramène. Je regarde rapidement autour de moi, je vois une malle trop petite pour contenir un homme mais assez grande pour contenir un petit enfant. Je t’intime de te calmer, « les méchants arrivent, tu dois te cacher et surtout, surtout ne faire aucun bruit ! ». Je ne sais pas pourquoi, mais tu m’écoute. Peut-être est-ce parce que tu entends l’authentique panique dans ma voix. Te voilà dans la malle, je ressors de la pièce et murmure à mon camarade que c’est fait ici. Quelques années plus tard, nous revoilà réunis ici pour que tu m’absolves de cette journée terrible, pour que tu m’ôte enfin tous ces regrets. Pour qu’enfin j’oublie les visages de ceux que j’ai assassiné à bord du Seraph navigant malgré lui sur le Styx.

Mais tu n’es pas là pour ça, n’est-ce pas, car rien de tout ça n’est vrai.

Je suis rentré pour délivrer à chacun une dose de pitié quand je t’ai vu. T’étais pas beaucoup plus haut que la moitié de ma cuisse. Tu devais avoir quoi, six ans ?

Tu gesticulais à côté du corps calciné de ta mère, une liguienne, je l’ai tout de suite vu. Tu n’entendais plus rien à cause de l’explosion, tu pleurais en l’appelant. Je crois que tu avais suffisamment de poussière pour ne pas ouvrir les yeux, pour ne pas la voir. J’ai levé mon arme. Mais je pouvais pas. Je me suis rapproché, et je t’ai pris dans mes bras, je t’ai caressé les cheveux pour que tu te calme et je t’ai dit que tout irait mieux maintenant. Je ne sais pas pourquoi, mais tu m’écoute. Je ne voulais pas que tu partes pris de panique et perdu, je voulais que tu sois en paix. J’ai attendu que tes cris se transforment en reniflements humides pour tirer, puis je t’ai couché à côté de la liguienne. Je suis resté là longtemps à vous regarder, puis j’ai mis le pistolet contre ma tempe, celle qui serait brûlée trois semaines plus tard. J’avais été l’engrenage d’une mécanique plus grande que moi, j’avais servi la communauté, peut-être avais-je désormais droit aux états d’âme et au repos, moi aussi ?

C’est la voix dans les comms qui m’a sorti de ça. Je suis rentré au vaisseau, et on est partis. Toi et chacun des sacrifiés du Seraph êtes venus avec moi, refusant de laisser mon esprit coupable en paix. Le problème c’est qu’en tant qu’humain on ne peut pas échapper à ses états d’âme pour l’éternité. La vie a continué, la peur avec elle. L’audace de vivre avec cet infâme secret gravé dans mon âme. La peur que tu sois bien là et que tu sois venu chercher ta vengeance. Mais tu es une vue de mon esprit, au moins jusqu’à ce que je vous rejoigne, toi, ta mère et les autres, dans l’au-delà.

Aaden Ker 43 555

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